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La température est fraîche ce dimanche après-midi de février sur le Champ-de-Mars à Paris. Crosses bricolées avec des bâtons de ski, ils sont une poignée à braver le froid pour une partie de polo sur des drôles de bicyclettes. Chaque équipe de trois joueurs s’affronte dans des matches courts.

“Cela fait près d’un an que nous jouons ensemble et nous tentons aujourd’hui d’organiser la discipline”, explique Marc, dont l’équipe Fabulous French Fuckers a remporté, en octobre 2008, le BFF London Polo Tournament, un tournoi organisé dans le cadre du Bicycle Film Festival, à Londres.

Les vélos utilisés par Marc et sa bande sont appelés “fixies”, pour fixed gear (pignon fixe). Apparus dans les rues de Paris il y a quelques mois, on en dénombrerait déjà plusieurs centaines. Et leurs adeptes ne les chevauchent pas seulement pour jouer au polo, mais d’abord pour se déplacer. Conçu à l’origine pour les pistes de vélodrome, ce vélo sur lequel le pignon est complètement solidaire de la roue arrière est dépourvu d’accessoire, de vitesses et… de freins. Son usage en milieu urbain n’est pas homologué. Ce qui n’empêche pas le vélo de piste de trouver une seconde vie sur le bitume parisien. “On en voit de plus en plus et on sent que ce sont des cyclistes confirmés. Même lorsqu’il fait froid, vous les voyez le pantalon au-dessus du genou et ils y vont !”, témoigne Bruno, chauffeur de bus à la RATP sur la ligne 20.

Le premier fixie serait apparu dans les rues de San Francisco, aux Etats-Unis, dans les années 1970. Mais le mouvement, dont les fans apprécient l’esthétisme et la simplicité, n’a percé que plus récemment dans les grandes métropoles telles que New York, Londres ou Tokyo.

Les fixies sont souvent associés aux bike messengers, ces coursiers à vélo, qui sillonnent les rues des grandes villes. Sur un effectif de vingt coursiers que compte la société parisienne Urban Cycle, trois utilisent un fixie pour leur usage professionnel. Et une bonne moitié l’a adopté en dehors du travail.

Personnalisables à l’envi, ils sont devenus des objets de design. Des magasins de cycles proposent des vélos customisés à la demande et des pièces détachées. “Depuis un an, la demande s’est amplifiée, constate Christian, de la boutique parisienne Bicloune. Et aujourd’hui, des clients viennent de province pour acheter des pièces.” Monos, de la récente boutique Cyclope, dans le 10e arrondissement à Paris, précise que ses clients ont de “15 à 50 ans” et viennent de tous horizons : “Il y a des jeunes, adeptes du skateboard ou du BMX, des adultes qui en ont assez des transports en commun et des personnes plus âgées, nostalgiques de la piste.” Le fixie a un coût : de 400 à 700 euros, en moyenne. David, trentenaire, qui, après un an de pratique, en possède déjà cinq, a dépensé plus de 2000 euros pour personnaliser l’un de ses engins.

Chaque jeudi soir, place du Palais-Royal, ils sont plusieurs dizaines à se retrouver pour rouler quelques heures, le plus souvent jusqu’à la Défense. Mais conduire un fixie nécessite quelques heures d’entraînement. Le skid, freinage qui consiste à bloquer la roue arrière par la seule force des mollets, demande un peu d’entraînement et pas mal d’habileté. Les spécialistes conseillent d’installer un frein avant, au moins durant la période d’apprentissage.

Le fixie serait-il en voie de normalisation ? Certaines boutiques à la mode les mettent en scène dans leur vitrine. A l’automne 2008, le “concept store” Citadium avait installé des fixies dans le showroom d’une marque de vêtements ; et le magasin Habitat l’a intégré dans son catalogue.

Sur Internet, des dizaines de vidéos sont proposées sur des sites spécialisés. Mash, documentaire tourné à de San Francisco, est devenu la vidéo culte de la “bike culture”. Des groupes se sont également constitués sur le réseau social Facebook, sans compter les forums de discussion qui permettent de trouver des astuces pour fabriquer son propre vélo.

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